Article de Michel Lutz, group Data officer TOTAL : les besoins en compétence pour l’entreprise

Je vais reprendre ici le texte tel quel, écrit par Michel Lutz, group Data Officer TOTAL et publié sur linkedin. Il est tellement important pour les dirigeants de prendre conscience maintenant des besoins des entreprises pour rester concurrentielles et performantes dans l’avenir. Ne subissez pas la révolution IA, soyez acteurs dès à présent de votre réussite de demain.

 

Partie du texte, lire son intégralité sur  Linkedin :

 » Je ne parlerai pas aujourd’hui d’intelligence artificielle générale, c’est-à-dire d’une intelligence artificielle supérieure créée par l’homme, qui poursuivrait ses propres buts en autonomie de ses créateurs. … Je préfère me concentrer sur les enjeux qui vont se poser à nous dans un futur plus proche, c’est-à-dire dans le cadre d’utilisation d’IA étroites, soumises aux buts de leurs créateurs.

Je ne vous apprendrai rien en disant que l’homme cherche depuis longtemps à automatiser son travail. …. L’IA est une nouvelle forme de robotisation, appliquée aux tâches liées au traitement de l’information. …. A l’origine, « computer » était un métier humain. Des milliers de personnes avaient pour métier de calculer pour d’autres, un métier qui a été rendu obsolète par l’essor des premiers ordinateurs.

L’IA étend encore ce périmètre d’automatisation, en le rendant possible pour des tâches de traitements logiques, d’apprentissage et de prise de décision dans des contextes de plus en plus complexes. L’IA excelle dans de plus en plus de domaines, et dépasse souvent l’homme …

Ainsi, l’essor de l’IA en tant que machines hyper-rationnelles et hyperspécialisées pour traiter de l’information est inexorable et va être rapide. On aurait tort de se priver de cette puissance. ….

A titre d’exemple, chez TOTAL, le programme de R&D lancé avec Google va permettre de mesurer le potentiel de l’IA pour certains travaux propres aux géologues : analyse d’images et recherche d’informations dans des documents complexes (articles scientifiques, études…). Le partenariat avec Tata Consulting Services va permettre d’optimiser le fonctionnement de nos raffineries par l’usage de méthodes numériques et d’IA. Dans la branche Marketing & Services aussi, les cas d’applications de l’IA sont nombreux : optimisation logistique, prévision et optimisation des ventes, analyse de la fraude…

La question qu’il faut se poser est : « comment je repense mes processus de travail ? Dans ce que je fais au quotidien, qu’est-ce que je pourrais déléguer à la machine et jusqu’à quel niveau d’autonomie ? » Je vous invite tous à y réfléchir car c’est vraiment la clé de votre travail de demain. Il est clair que cela va transformer beaucoup de métiers, mais aussi en créer de nouveaux. Le mien en est un exemple, et on en observe d’autres chez TOTAL : data managers, data scientists… préparent les conditions favorables aux déploiements d’IA.

La question qui s’ouvre ensuite est : « moi en tant qu’humain, quelle est ma valeur-ajoutée par rapport à une IA ?, Quels métiers s’ouvrent à moi si je ne veux pas devenir programmeur d’IA ? ». Je pense qu’il faut être très conscient de limitations actuelles de l’IA. Quels que soient les fantasmes des médias, l’état de l’art scientifique montre que l’IA est encore très limitée dans nombres de domaines où l’humain excelle.

…Elle (IA) raisonne à partir de sa représentation de l’état du monde, objective et factuelle,  … Dans beaucoup de nos choix, nous tenons compte de ce que nous pensons que les autres croient. Donc pour l’avenir, je recommanderais aux hommes de travailler leur sens de l’écoute, leur ouverture à l’autre, leur empathie, pour être les compléments sensibles des IA froides et rationnelles.

….. On est encore loin d’arriver à synchroniser les IA hyperspécialisées d’aujourd’hui pour automatiser les prises de décisions complexes. Pour l’avenir, je conseillerais donc aux hommes d’être capables de prendre de la hauteur, d’affiner leurs capacités de raisonnements complexes et systémiques, afin de savoir se synchroniser efficacement entre eux et sur la base d’avis d’IA potentiellement contradictoires, pour prendre des décisions de haut niveau.

Enfin, j’aimerais évoquer la question des buts. Les IA modernes savent résoudre des buts scientifiquement compliqués, mais qui restent « philosophiquement » limités. Globalement, une IA se limite à maximiser ou minimiser une fonction mathématique. ….. L’homme doit rester capable de formuler des buts globaux et de haut niveau, et ne pas rester au niveau de la résolution de problèmes. Pour la résolution d’un problème, l’IA est un excellent assistant. Mais un problème en chasse un autre, et il est important de conserver une hauteur de vue, d’avoir une trajectoire plus générale, pour donner un sens à l’action, qu’il soit moral, religieux, philosophique, économique, hédoniste ou autre. Aujourd’hui, une machine ne peut pas se fixer de tels buts.

Pour conclure, mon sentiment est que, si l’on veut vraiment tirer parti de l’IA, des questions organisationnelles se posent. Les organisations très mécanistes, ou chaque employé se concentre à une tâche de traitement d’information très particulière, ont peut-être moins de sens. La cible serait plus de créer des organisations propices au partage et à l’échange, pour favoriser l’ouverture à l’autre, le débat, et la construction d’un sens partagé. Je pense que plus les machines seront à même de résoudre des problèmes unitaires, plus nous aurons besoin de discussions, de transparence et de cohésion, pour nous engager collectivement vers une vision partagée d’un monde qui nous satisfait. «